Curriculum, référentiel, programme et progression Objectifs A l’issue de ce grain, vous serez capable :
de distinguer les notions de curriculum, de référentiel et de progression ;
d’identifier les points clés de ces trois notions.
Introduction
Définir un curriculum ainsi qu’un référentiel en quelques lignes n’est pas simple car ces deux termes, s’ils expriment parfois des réalités semblables, sont issus de deux cultures différentes.
Apparu aux Etats-Unis dans les années 20, le curriculum propose une méthode d’organisation de l’éducation selon les principes que Taylor a développés pour l’entreprise.
Le référentiel, également emprunté au vocabulaire de l’entreprise, a fait son apparition en France dans le milieu éducatif vers les années 80 et s’est peu à peu diffusé dans l’enseignement. L’élaboration d’un référentiel nécessite une parfaite connaissance de la démarche curriculaire puisqu’elle utilise les mêmes principes méthodologiques.
La notion de progression, définie par L. Porcher en 1974 comme « l’auberge espagnole de toute pédagogie », trouve peu à peu sa place au cœur d’une réflexion ingénierique de la formation de plus en plus ciblée après un demi-siècle de recherche assidue.
Définir le curriculum
Le curriculum est un document rédigé soit sous forme de tableaux à plusieurs colonnes soit sous forme de paragraphes qui indiquent pour un type de formation donné : la finalité, les buts, les compétences générales, les objectifs pédagogiques hiérarchisés, le syllabus, les supports d’apprentissage, les activités d’apprentissage, la méthodologie, progression, l’interculturel et le mode d’évaluation des apprenants. Il est conçu par une équipe travaillant au sein d’une cellule spécialisée et/ou par les formateurs qui assureront les cours, à condition que ceux-ci soient formés à l’ingénierie de la formation. C’est un outil interne qui n’est pas destiné au tout public.
Suivant Tyler (1949) le curriculum se résume en trois grandes rubriques :
Descripción: Les trois grandes rubriques du curriculum selon Tyler
Les trois grandes rubriques du curriculum selon Tyler
Tyler affinera sa réflexion en posant les questions fondamentales, qui donneront naissance aux principales rubriques du curriculum citées dans la définition et résumées dans le schéma suivant :
Descripción: Les rubriques du curriculum
Les rubriques du curriculum
En cliquant sur le lien ci-dessous vous aurez un aperçu des principales rubriques du curriculum.
Un exemple de trame curriculaire
En bref
Le curriculum est un document qui matérialise l’ensemble des phases d’une formation de l’analyse des besoins à l’évaluation.
Définir le référentiel Le référentiel est un document qui comporte une liste de savoir-faire langagiers qui servent à définir les objectifs communicatifs d’une formation. Il peut être complété par un syllabus et des exemples d’activités. Tout comme le curriculum, il résulte d’une analyse des besoins en formation d’un groupe ciblé d’apprenants. Le référentiel peut soit être utilisé à l’état brut, soit servir de base à l’élaboration d’un curriculum puisqu’il en est une partie. Le référentiel de niveaux le plus célèbre pour l’enseignement des langues en Europe étant le Cadre Européen Commun de Référence pour les langues, plus communément appelé CECR. Ce même référentiel peut alors être décliné en référentiels affinés qui prendront en considération les contextes d’apprentissage, les compétences (compréhension orale/écrite, expression orale/ écrite) ainsi que l’aspect socio-culturel. En bref Le référentiel est une composante du curriculum qui matérialise les savoir-faire langagiers susceptibles de constituer les objectifs communicatifs et parfois les contenus correspondants (syllabus, énoncés). Situer la notion de programme La notion de programme appartient au passé. On peut le considérer comme l’ancêtre du curriculum dont l’un des précurseurs fut John Dewey au début du 20e siècle. On entendait alors par programme, une liste de matièresà enseigner, plus ou moins développée suivant les disciplines et accompagnée d’instructions précisant les contenus pédagogiques et la méthodologie à enseigner. Le programme, défini par De Ketele et Al en 1989, expose en détails le but, la finalité et les objectifs de cet outil. L’évolution terminologique de cette notion est illustrée par De Landsheere en 1992, s’appuyant lui-même sur les recherches anglo-saxonnes. En bref Le programme, même si ce terme est encore utilisé de nos jours de part le monde, tend à être remplacé par le curriculum. Le programme en est d’ailleurs une version allégée, regroupant les notions de savoir, savoir-faire et savoir-être en indiquant les principes méthodologiques orientés vers l’apprenant.
Intégrer la notion de progression Si l’enseignant était capable de livrer l’ensemble des contenus d’enseignement en une seule fois et si l’apprenant, quels que soient son domaine d’activité, son niveau, sa culture, son âge, avait la possibilité d’acquérir simultanément la totalité de ces contenus, alors la question de la progression ne se poserait pas. Le processus d’enseignement et d’apprentissage sont deux problèmes complexes car il existe plusieurs méthodologies d’enseignement et une multitude de publics donc une multitude de progressions possibles, d’où l’importance de s’interroger sur leur place au sein la démarche curriculaire. Le tableau suivant reprend les deux types de progressions les plus fréquemment utilisés.
Descripción: Deux types de progression
Deux types de progression Comment et quand introduire la notion de progression en phase de conception curriculaire ?
Dans son ouvrage intitulé La notion de progression paru en 2001, Serge Borg propose de construire un modèle basé sur des « entités progressives cohérentes » et qui intégrerait à la démarche curriculaire les différentes phases du processus de progression suivant le schéma ci-après : (Passez la souris sur les différents items du schéma pour afficher leur définition)
Descripción: Les entités progressives cohérentes selon S. Borg
Progression
Présence complexe et imbriquée influant sur l’ensemble des cinq autres phases. Curriculum
Fil conducteur de la démarche reprenant les 4 points précédents en considérant les facteurs externes tels que les politiques économiques, institutionnelles, linguistiques de la didactique des langues. Progression - Cursus
Evaluation de la durée des contenus et prenant en considération le rythme, la périodicité, la fréquence et l’étalement des contenus d’enseignement Syllabus - Programme
Palier qui consiste à positionner sélection et gradation dans l’élaboration de la progression sous forme d’un voire plusieurs syllabi.
Exemple : un syllabus produit est centré sur la matière à enseigner et l’axe grammatical alors qu’un syllabus procès est axé sur les notions de tâches et de procédures. Le syllabus de Stern, appelé également syllabus intégré, combine plusieurs axes de positionnement. Gradation - Organisation
Organisation et répartitions des contenus répertoriés lors de la sélection. Séléction - Inventaire
Tri phonétique, morphosyntaxique, lexical, langagier, recensement des aspects culturels et civilisation en vue d’établir un corpus de la matière à enseigner.
Les entités progressives cohérentes selon S. Borg La progression obéit à un mouvement hologrammatique, c'est-à-dire que les différentes phases s’influencent les unes les autres, comme on le voit sur **ce schéma**.
En bref La question de la progression se situe à toutes les phases de la réflexion curriculaire et prend en compte les contraintes institutionnelles, méthodologiques, linguistiques, didactiques et culturelles de l’apprentissage des langues. Résumé Dissocier les notions de curriculum, de référentiels et de progression aboutirait à disloquer la raison d’être de l’ingénierie de la formation. Bien au contraire, c’est dans une approche globale que les différents principes peuvent être articulés autour de centrations multiples et combinées sur l’apprenant, l’enseignant, l’instrument éducatif, la matière enseignée, la méthode, l’objectif d’apprentissage. C’est ce que S. Borg nomme l’approche polycentriste.
Pour aller plus loin Cet article et cette fiche pédagogique extraits de la revue Le français dans le monde (N°368) sont deux excellents documents qui permettent de cerner plus précisément la notion de progression. Ouvrages : TYLER R. (1949) Basic Principles of Curriculum and Instruction, The University of Chicago Press, Chicago. DE KETELE J-M., CHASTRETTE M., CROS D., METTELIN P., THOMAS J., (1989) Guide du formateur, De Boeck Université, Paris, Bruxelles. DE LANDSHEERE V. (1992) L’éducation de la formation, PUF, Paris. DE LANDSHEERE V. DE LANDSHEERE G. (1980) Définir les objectifs de l’éducation, PUF, Paris. BORG S. (2001) La notion de progression, Didier, Paris. Articles : « Nous allons construire une progression… » Montaigne A. IUFM de l’Académie de Rouen, Séminaire du 11 septembre 2009 : Territoires de la culture informationnelle, approches du curriculum. Le Français dans le monde N° 368 (2010), « La notion de progression », p. 24 + Fiche pédagogique-
Curriculum, référentiel, programme et progression
Objectifs
A l’issue de ce grain, vous serez capable :
Définir le référentiel
Le référentiel est un document qui comporte une liste de savoir-faire langagiers qui servent à définir les objectifs communicatifs d’une formation. Il peut être complété par un syllabus et des exemples d’activités.
Tout comme le curriculum, il résulte d’une analyse des besoins en formation d’un groupe ciblé d’apprenants. Le référentiel peut soit être utilisé à l’état brut, soit servir de base à l’élaboration d’un curriculum puisqu’il en est une partie.
Le référentiel de niveaux le plus célèbre pour l’enseignement des langues en Europe étant le Cadre Européen Commun de Référence pour les langues, plus communément appelé CECR. Ce même référentiel peut alors être décliné en référentiels affinés qui prendront en considération les contextes d’apprentissage, les compétences (compréhension orale/écrite, expression orale/ écrite) ainsi que l’aspect socio-culturel.
En bref
Le référentiel est une composante du curriculum qui matérialise les savoir-faire langagiers susceptibles de constituer les objectifs communicatifs et parfois les contenus correspondants (syllabus, énoncés).
Situer la notion de programme
La notion de programme appartient au passé. On peut le considérer comme l’ancêtre du curriculum dont l’un des précurseurs fut John Dewey au début du 20e siècle. On entendait alors par programme, une liste de matières à enseigner, plus ou moins développée suivant les disciplines et accompagnée d’instructions précisant les contenus pédagogiques et la méthodologie à enseigner.
Le programme, défini par De Ketele et Al en 1989, expose en détails le but, la finalité et les objectifs de cet outil. L’évolution terminologique de cette notion est illustrée par De Landsheere en 1992, s’appuyant lui-même sur les recherches anglo-saxonnes.
En bref
Le programme, même si ce terme est encore utilisé de nos jours de part le monde, tend à être remplacé par le curriculum. Le programme en est d’ailleurs une version allégée, regroupant les notions de savoir, savoir-faire et savoir-être en indiquant les principes méthodologiques orientés vers l’apprenant.
Intégrer la notion de progression
Si l’enseignant était capable de livrer l’ensemble des contenus d’enseignement en une seule fois et si l’apprenant, quels que soient son domaine d’activité, son niveau, sa culture, son âge, avait la possibilité d’acquérir simultanément la totalité de ces contenus, alors la question de la progression ne se poserait pas.
Le processus d’enseignement et d’apprentissage sont deux problèmes complexes car il existe plusieurs méthodologies d’enseignement et une multitude de publics donc une multitude de progressions possibles, d’où l’importance de s’interroger sur leur place au sein la démarche curriculaire.
Le tableau suivant reprend les deux types de progressions les plus fréquemment utilisés.
Deux types de progression
Comment et quand introduire la notion de progression en phase de conception curriculaire ?
Dans son ouvrage intitulé La notion de progression paru en 2001, Serge Borg propose de construire un modèle basé sur des « entités progressives cohérentes » et qui intégrerait à la démarche curriculaire les différentes phases du processus de progression suivant le schéma ci-après :
(Passez la souris sur les différents items du schéma pour afficher leur définition)
Présence complexe et imbriquée influant sur l’ensemble des cinq autres phases.
Curriculum
Fil conducteur de la démarche reprenant les 4 points précédents en considérant les facteurs externes tels que les politiques économiques, institutionnelles, linguistiques de la didactique des langues.
Progression - Cursus
Evaluation de la durée des contenus et prenant en considération le rythme, la périodicité, la fréquence et l’étalement des contenus d’enseignement
Syllabus - Programme
Palier qui consiste à positionner sélection et gradation dans l’élaboration de la progression sous forme d’un voire plusieurs syllabi.
Exemple : un syllabus produit est centré sur la matière à enseigner et l’axe grammatical alors qu’un syllabus procès est axé sur les notions de tâches et de procédures. Le syllabus de Stern, appelé également syllabus intégré, combine plusieurs axes de positionnement.
Gradation - Organisation
Organisation et répartitions des contenus répertoriés lors de la sélection.
Séléction - Inventaire
Tri phonétique, morphosyntaxique, lexical, langagier, recensement des aspects culturels et civilisation en vue d’établir un corpus de la matière à enseigner.
La progression obéit à un mouvement hologrammatique, c'est-à-dire que les différentes phases s’influencent les unes les autres, comme on le voit sur **ce schéma**.
En bref
La question de la progression se situe à toutes les phases de la réflexion curriculaire et prend en compte les contraintes institutionnelles, méthodologiques, linguistiques, didactiques et culturelles de l’apprentissage des langues.
Résumé
Dissocier les notions de curriculum, de référentiels et de progression aboutirait à disloquer la raison d’être de l’ingénierie de la formation. Bien au contraire, c’est dans une approche globale que les différents principes peuvent être articulés autour de centrations multiples et combinées sur l’apprenant, l’enseignant, l’instrument éducatif, la matière enseignée, la méthode, l’objectif d’apprentissage. C’est ce que S. Borg nomme l’approche polycentriste.
Pour aller plus loin
Cet article et cette fiche pédagogique extraits de la revue Le français dans le monde (N°368) sont deux excellents documents qui permettent de cerner plus précisément la notion de progression.
Ouvrages :
TYLER R. (1949) Basic Principles of Curriculum and Instruction, The University of Chicago Press, Chicago.
DE KETELE J-M., CHASTRETTE M., CROS D., METTELIN P., THOMAS J., (1989) Guide du formateur, De Boeck Université, Paris, Bruxelles. DE LANDSHEERE V. (1992) L’éducation de la formation, PUF, Paris.
DE LANDSHEERE V. DE LANDSHEERE G. (1980) Définir les objectifs de l’éducation, PUF, Paris.
BORG S. (2001) La notion de progression, Didier, Paris.
Articles :
« Nous allons construire une progression… » Montaigne A. IUFM de l’Académie de Rouen, Séminaire du 11 septembre 2009 : Territoires de la culture informationnelle, approches du curriculum.
Le Français dans le monde N° 368 (2010), « La notion de progression », p. 24 + Fiche pédagogique-
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